Après 15 ans d’expérience en tant que directrice achats dans différents secteurs, Françoise Odolant est en charge depuis 2010 du pôle Acheteurs, Chartes et Labels à la Médiation des Entreprises.

Françoise Odolant portrait

Françoise Odolant entre dans les achats dans les années 90, par la grande porte, celle de l’industrie automobile. Elle fait ses classes au sein de l’équipementier Valéo, une école réputée pour ses méthodes musclées à la fois en interne et en externe – avec ses fournisseurs – mais très formatrice. « Valéo était en avance de phase par rapport à d’autres industries », explique-t-elle. Dans cette industrie du « juste-à-temps », dans laquelle les produits doivent être livrés tous les matins, la place des achats était, et demeure, très stratégique.

Elle rejoint Valéo en 1992 en tant que directrice des achats d’une division après avoir été responsable logistique d’une usine du groupe à Blois. « Quand je suis arrivée en 1992, la fonction achat disposait déjà d’une importance politique haute et siégeait au COMEX. Les droits et devoirs de l’acheteur étaient ainsi connus des autres fonctions, clairs et parfaitement processés. »

Quand intervient la crise en 1993, facilitant la négociation avec les fournisseurs mais déformant la vision des achats – puisqu’il « était facile d’obtenir des -10% en moyenne sur les prix dans un contexte de baisse des volumes de -20% » –, elle fait face à la reprise en 1994/1995 impliquant un retour à la réalité avec des volumes qui repartent. « J’ai vécu un cycle et un contre-cycle ultra formateur avec cette impérieuse nécessité de créer des relations fournisseurs durables qui puissent survivre à ces périodes chahutées et dans une industrie sous haute tension ». Formée à cette époque à l’élaboration de plan de sécurisation d’activité, d’analyse de risques fournisseurs ou encore d’analyse de la valeur, Françoise Odolant est surprise de constater que lorsque survient le tsunami au Japon en 2011, certaines grandes entreprises réalisent, trop tard, qu’elles travaillaient avec des fournisseurs fortement impactés par la catastrophe naturelle.

 

Asseoir et professionnaliser la fonction achat chez Eurodisney

En 1997, cette passionnée des achats décide de relever un nouveau challenge dans une autre industrie, celle des loisirs, et devient directrice des achats généraux d’Eurodisney. Elle est en charge de tout le périmètre des achats de fonctionnement (hors achats de restaurants et merchandising). « Il s’agissait de passer d’une approche comptable des achats à une approche plus stratégique afin que la fonction soit pleinement respectée aux yeux des opérationnels », se souvient-elle. A l’époque, le projet de la direction France était de convaincre les investisseurs de construire un deuxième parc, « un projet très motivant pour les acheteurs ! » Pour y parvenir, elle réorganise entièrement la direction achats et fait monter en compétences les acheteurs. « Nous avons effectué un grand mercato. En une journée, tous les responsables des achats se sont vus affecter un autre portefeuille achats ! » Un challenge risqué mais qui s’est avéré payant car elle réalise que les bonnes pratiques achats sont les mêmes d’une industrie à une autre et permettent d’éviter notamment des dérapages budgétaires incontrôlables causés par des erreurs de sourcing ou de qualification fournisseurs. Elle met en place un programme de carte de paiement corporate (Amex), le module e-procurement SAP ainsi que le système d’enchères inversées. Fin 1999, sa direction achats pilote la gestion des enjeux et risques liés au passage de l’an 2000 et du fameux « bug » tant redouté. « Nous avons réalisé un travail de sécurisation des fournisseurs pour mettre en place des plans de continuité d’activité en cas de bug », explique-t-elle. Si le bug n’a pas eu lieu, la tempête du 26 décembre 1999 s’est invitée au petit matin dans un parc bondé. « Les plans de sécurisation ont fonctionné car nous étions prêts ! », se félicite-t-elle.

 

Délivrer des économies de synergie au sein du Groupe Vivendi

Elle est approchée en 2001 par le Groupe Vivendi Universal qui recherchait à l’époque son directeur achats dans un contexte de fusion avec Universal et Canal Plus. En charge d’un budget achats de 20 Mds€, sa mission consiste à délivrer les économies de synergie promises aux actionnaires, une tâche rendue difficile par la structure même du groupe : un conglomérat avec des métiers et des géographies différents. Elle définit ainsi la stratégie achats Groupe et fait installer des directions achats dans les différentes Business Unit du Groupe en France et aux Etats-Unis pour professionnaliser la fonction achat.

 

Pilotage des achats, de l’immobilier et des moyens généraux à la Caisse d’Epargne

Françoise Odolant met le cap ensuite vers le secteur financier en intégrant la Caisse d’Epargne en tant que directrice des achats, de l’immobilier et des moyens généraux. C’est lors de l’organisation d’une convention fournisseurs qu’elle prend conscience que la réputation d’une entreprise est liée en grande partie à la voix de ses fournisseurs, « tisser de bonnes relations dans la durée est un véritable atout pour le développement du business », déclare-t-elle.

Après quatre postes de direction achats, elle décide de créer sa propre structure de conseil dans les achats et se retrouve ainsi de l’autre côté du miroir, celui des fournisseurs. Elle réalise notamment que le paiement des factures à l’heure n’est pas une spécificité française ! « En tant que directrice des achats, je ne m’étais pas rendue compte de la récurrence de ce problème. »

 

Ses missions à la Médiation des Entreprises depuis 2010

Le respect des délais de paiement figure d’ailleurs en tête de liste de la Charte relations fournisseurs responsables (RFR), élaborée conjointement en 2010 par la Médiation et le conseil national des achats (CNA), et dont l’objectif est d’engager les grands donneurs d’ordres signataires à mettre en place une démarche de progrès vis-à-vis de leurs fournisseurs et notamment les TPE/PME. Signée à ce jour par plus de 1900 entreprises et acteurs publics – qui représentent près de 600 Mds€ d’achats annuels -, cette charte est devenue la référence des bonnes pratiques en matière de relations clients-fournisseurs. 42 organisations ont poussé la démarche plus loin en obtenant le label Relations fournisseurs et achats responsables. Pour y parvenir, les organisations ont dû faire la preuve de leur maturité en désignant notamment un médiateur interne. « Pour un fournisseur, travailler avec une entreprise labellisée, c’est avoir la garantie de s’adresser à un client ayant volontairement fait la preuve de ses pratiques responsables et engagé à améliorer ses pratiques », explique Françoise Odolant. Conçu à l’origine pour les grands donneurs d’ordres, ce label emblème de « l’excellence achat » et adossé à la norme ISO20400 est accessible aux TPE/PME qui le souhaitent depuis le 1er octobre 2017. « Nous avons adapté et allégé la méthode d’évaluation sans en faire pour autant un « sous-label » », insiste la responsable du pôle pour qui la « perspective de faire monter en compétences les TPE/PME sur les achats responsables est une formidable avancée ! »

 

[L’instant vérité… avec Françoise Odolant]

Votre dernier achat compulsif ?

Une robe bleue, comme la mer et le ciel de Grèce.

Deux adjectifs qui caractérisent un bon décideur achats ?

Curieux et patient.

Votre technique infaillible pour négocier ?

Préparer, expliquer et écouter.

Une expérience achats intéressante dans l’univers des prestations intellectuelles ?

La compétition des achats marketing en France chez Vivendi, intéressante pour 3 raisons :   un travail main dans la main avec le directeur marketing du Groupe qui a empêché les agences de nous mettre individuellement sous pression, une consolidation des budgets des différentes Business Units avec un effet volume qui nous a hissé au premier rang à l’époque et enfin une préparation de la négociation des budgets media avec la régie de CanalPlus interne au Groupe qui m’a fait comprendre les raisonnements du métier.